Comment vit La Pie grièche écorcheur ?
Ah, la Pie-grièche ! Ce bel oiseau fascinant que j'ai découvert tout à fait par hasard dans mon pays de naissance. C'était précisément aux environs de Saint-Dié dit des Vosges, à La Malgrange pour être tout à fait exact. À l'époque, nous étions en 1974 ou 1975, les résineux n'avaient pas encore fini d'envahir totalement ces belles prairies de fauche que les anciens avaient mis tant de sueur à défricher avec peine.
Cette année-là, il a plu sans s'arrêter, des jours et des jours durant, tant et si bien que le nid gorgé d'eau s'est tragiquement effondré sous le poids avec tous ses oisillons. Gageons que ce repas improvisé aura au moins fait le bonheur d'un Renard roux de passage dans le secteur. Avant ce "drame" naturaliste, j'avais heureusement réalisé quelques belles photographies en noir et blanc. À cette époque, je pratiquais la photo argentique de A à Z, c'est à dire du développement du film jusqu'au tirage papier en labo. Une tout autre époque !
Cette année-là, il a plu sans s'arrêter, des jours et des jours durant, tant et si bien que le nid gorgé d'eau s'est tragiquement effondré sous le poids avec tous ses oisillons. Gageons que ce repas improvisé aura au moins fait le bonheur d'un Renard roux de passage dans le secteur. Avant ce "drame" naturaliste, j'avais heureusement réalisé quelques belles photographies en noir et blanc. À cette époque, je pratiquais la photo argentique de A à Z, c'est à dire du développement du film jusqu'au tirage papier en labo. Une tout autre époque !
J'avais alors éprouvé une grande satisfaction lorsque mon cliché avait illustré un article du magazine La vie des bêtes. C'était d'ailleurs sur les précieux conseils de Michel Agron que j'avais proposé ce cliché à ce périodique renommé, lui qui donnait tant de photos aux grands magazines de l'époque. Depuis cette première rencontre, ma passion pour cet oiseau n'a jamais faibli, tout comme celle que j'éprouve pour le Cincle plongeur, mes véritables oiseaux fétiches en quelque sorte.
C'est pourquoi aujourd'hui je publie cet article très complet sur ce magnifique prédateur.
Des renseignements naturalistes dont j'aurais tellement voulu disposer en ces temps lointains. Je vous souhaite donc une excellente lecture.
C'est long ! allez-vous me dire. C'est vrai, mais mes articles apportent un réel plus aux passionnés qui s'intéressent vraiment à la nature.
Le nid de la Pie-grèche écorcheur.
01. Recherche installation.
Une fois le site validé par la femelle, la construction prend généralement 4 à 6 jours. Bien que le mâle apporte une grande partie des matériaux, c'est la femelle qui assure l'essentiel du façonnage de la structure. Le nid de la Pie-grièche écorcheur est une coupe volumineuse, robuste et étonnamment soignée, bâtie selon une superposition stricte de trois couches de matériaux.
03. Corps du nid.
Bâti à partir de tiges de graminées souples, de lianes fines et d'herbes vertes mélangées à des éléments duveteux comme la laine de mouton, des poils d'animaux ou des toiles d'araignées, il permet de créer l'épaisseur de la coupe, d'assurer l'isolation thermique et de lier les branches de la base.
03. Garniture interne.
Faite de radicelles très fines, de crins, de duvet végétal et parfois de quelques plumes, elle offre un contact doux et chaud pour la peau nue des poussins un peu comme la plaque incubatrice de la femelle.
L'utilisation de laine de mouton ou de poils de grands mammifères, comme le chevreuil ou le cerf, est une caractéristique très fréquente des nids d'écorcheurs situés en zone d'élevage ou en lisière de forêt. Ces éléments agissent comme un isolant haut de gamme, crucial pour maintenir les œufs à température constante lors des nuits fraîches du printemps.
04. Adaptation anti-prédation
Une fois achevé, le nid mesure environ 12 à 15 cm de diamètre extérieur pour une coupe interne d'environ 7 à 8 cm. Bien qu'il soit volumineux, il est conçu pour être invisible de l'extérieur du buisson. De plus, les Pies-grièches écorcheurs veillent généralement , comme tous les autres oiseaux, à ce qu'aucune « piste » de matériaux pendants ne trahisse l'accès à leur forteresse.
02. Assise extérieure
Composée de rameaux rigides, de tiges de plantes sèches, de radicelles épaisses et parfois de mousse, elle assure l'ancrage solide dans la fourche des branches et permet de résister aux intempéries.03. Corps du nid.
Bâti à partir de tiges de graminées souples, de lianes fines et d'herbes vertes mélangées à des éléments duveteux comme la laine de mouton, des poils d'animaux ou des toiles d'araignées, il permet de créer l'épaisseur de la coupe, d'assurer l'isolation thermique et de lier les branches de la base.03. Garniture interne.
Faite de radicelles très fines, de crins, de duvet végétal et parfois de quelques plumes, elle offre un contact doux et chaud pour la peau nue des poussins un peu comme la plaque incubatrice de la femelle.L'utilisation de laine de mouton ou de poils de grands mammifères, comme le chevreuil ou le cerf, est une caractéristique très fréquente des nids d'écorcheurs situés en zone d'élevage ou en lisière de forêt. Ces éléments agissent comme un isolant haut de gamme, crucial pour maintenir les œufs à température constante lors des nuits fraîches du printemps.
04. Adaptation anti-prédation
Une fois achevé, le nid mesure environ 12 à 15 cm de diamètre extérieur pour une coupe interne d'environ 7 à 8 cm. Bien qu'il soit volumineux, il est conçu pour être invisible de l'extérieur du buisson. De plus, les Pies-grièches écorcheurs veillent généralement , comme tous les autres oiseaux, à ce qu'aucune « piste » de matériaux pendants ne trahisse l'accès à leur forteresse.![]() |
| Parade amoureuse d'un couple de Pies-grièches écorcheur |
Étude de la reproduction de la Pie-grièche écorcheur.
Malgré l'ancienneté des ces observations elles apportent un éclairage très intéressant.
1. Variation dans la densité du peuplement
Dans le Nord de l'Eure-et-Loir, la Pie-grièche écorcheur est un oiseau dont la diminution a été progressive depuis une cinquantaine d'années, c'est-à-dire depuis l'époque où les progrès de la civilisation ont marqué un accroissement considérable, principalement en ce qui concerne les moyens de transports de plus en plus rapides, la multiplication des réseaux électriques aériens, et les défrichements incessants. Cependant il apparaît que depuis 1950, le nombre des Écorcheurs est en légère augmentation. C'est ainsi qu'au printemps 1951, j'ai pu repérer sept couples nicheurs dans un rayon assez restreint d'environ 2 km autour de chez moi, là où il y a une douzaine d'années, trois couples seulement y étaient établis.2. Attachement à la localité
C'est toujours à peu près dans les mêmes endroits, sauf altération de ceux-ci, que l'on retrouve chaque année cette Pie-grièche qui paraît ainsi rester fidèle à un cantonnement de reproduction déterminé.À ma connaissance, depuis 1918, et certainement antérieurement, un couple s'est presque chaque année reproduit dans l'un ou l'autre de trois gros buissons d'Aubépine Crataegus, et d'Épines noires Prunus spinosa avec ronciers dans la partie basse, qui existaient dans la portion de plaine à découvert, au bas du coteau, le long du talus de la voie ferrée de Dreux à Maintenon, parallèlement à la route N. 829 bordée d'une haie vive, avec passant au-dessus, une ligne électrique à haute tension, et fils téléphoniques en bordure de la voie ; biotope typique de l'espèce.
Le manque d'observations suivies entre 1918 et 1925 ne me permet pas d'affirmer que la nidification y ait eu lieu régulièrement chaque année, mais je serais tenté de le croire, ayant vu plusieurs fois un couple de ces oiseaux dans les parages.
Ce centre de reproduction où j'ai retrouvé un couple de ces Lanius en 1925, 1927, 1933, 1936, 1937, 1938, 1939, 1948, 1949, 1950 et 1951, et un autre situé identiquement à 3 km de là, ont été les deux seuls que j'ai connus pour avoir été occupés d'une façon à peu près régulière ces dernières années, entre 1925 et 1950 sur environ deux mille hectares. Antérieurement, sur une portion de territoire moitié moindre, cinq ou six cantonnements étaient habités à la belle saison. En 1951 il y a eu un accroissement net de population.
La fidélité au territoire de nidification est connue chez la Pie-grièche écorcheur. Il est intéressant de relever la continuité de cette fidélité au cours des générations lorsque le biotope est nettement favorable. Il faudrait par le baguage permette de vérifier que des sujets peuvent se reproduire au même point.
Si l'identification d'une femelle nicheuse peut être basée sur l'observation de ses pontes, en contrôlant les caractères particuliers et propres aux œufs de chacune d'elles, il arrive qu'il peut y avoir remplacement chaque année de la femelle, les pontes trouvées étant nettement différentes comme l'établissent certaines observations. Seul alors le mâle reviendrait chaque printemps occuper le site attitré, et s'accouplerait avec une femelle nouvelle. Mais le site peut encore convenir à un nouveau mâle et l'attirer.
Les observations que j'ai pu faire sur cette question se résument ainsi :
En 1937, à la date du 5 juin, un nid renferme 3 œufs frais (ponte incomplète) ; ils sont de forme globulaire, à fond blanc-crème, comportant très peu de taches, et nettement différents de ceux trouvés en 1936 à ce même emplacement, ils indiquent une autre femelle. Cette femelle de 1937 fut tuée par une auto et le nid et les trois œufs furent abandonnés ; le mâle resté veuf se montra les jours suivants aux abords de l'emplacement du nid. Il y resta seul jusqu'à son départ en migration dans le courant d'août, n'ayant sans doute pas rencontré une femelle disponible.
Cependant en 1938, ce fut encore cette même touffe d'Aubépine qui fut occupée par un couple d'Écorcheur, peut-être par le même mâle mais évidemment par une nouvelle femelle. Il est donc à présumer que le mâle a amené en 1938 une nouvelle compagne à son ancien cantonnement, car il me paraîtrait fort surprenant qu'un nouveau couple se soit approprié si rapidement ce site.
En 1938, le nid fut placé un peu plus haut que celui de 1937, dans la même touffe, et j'y trouvais le 12 juin une ponte fraîche de 5 œufs, cette fois de coloration à fond rosé avec des points et petites taches rose foncé et brun-rouge clair, d'une forme ovée allongée.
En 1939, le 21 juin, je retrouvais à cet endroit dans l'un des buissons de Crataegus, une ponte de 5 œufs incubés de 5 à 6 jours, mais de caractéristiques différentes de ceux de 1938, dénotant plus que vraisemblablement l'œuvre d'une autre femelle, la troisième.
Il est possible qu'au cours de ces trois années il se soit agi du même mâle.

Nourrissage oisillon Pie-grièche écorcheur

3. Époques et nombre de pontes
Cette Pie-grièche fait en Drouais son apparition fin avril, début de mai. J'ai noté la présence d'un mâle venant d'arriver le 3 mai 1939 et le 30 avril 1940 ; et le 12 mai 1941 la présence simultanée d'un mâle et d'une femelle sur le cantonnement.La fixation au territoire de reproduction est donc faite entre le 10 et 15 mai au plus tard en général.
En 1950, dans un secteur nouveau pour les Écorcheurs, une femelle a été tuée le 10 mai par une auto. L'autopsie m'a montré que sa ponte n'avait pas encore été effectuée, l'œuf le plus avancé de la grappe mesurait 3 mm. Des débris de coléoptères se trouvaient dans l'estomac. Le mâle resté seul à la suite de cet accident était de nouveau accouplé, quand je l'ai revu le 25 mai, avec une nouvelle femelle qui ne couvait pas encore, tandis que chez un autre couple, la femelle couvait 5 œufs depuis 5 à 6 jours à la date du 27 mai.
Ainsi j'ai été témoin de deux accidents d'automobiles (en 1937 et en 1950) comportant des suites différentes de la part des mâles restés seuls, selon l'époque du veuvage ; la date précoce du dernier cas a permis l’appariement du mâle avec une autre femelle.
Les dates auxquelles j'ai pu noter le début des pontes ont varié du 15 mai (une fois le 10 mai !) au 10 juin (19 pontes d'Eure-et-Loir, Vosges et Ardennes) et j'ai trouvé trois pontes encore plus tardives commencées respectivement à peu près les 17, 20 et 25 juin.
C'est donc durant principalement un mois, du 15 mai au 15 juin, que s'effectue la ponte. Normalement il y a une seule ponte annuelle, et une de remplacement le cas échéant ; très rarement deux à moins de conditions tout à fait particulières, du moins dans le Drouais. Les dates très tardives de la seconde quinzaine de juin paraissent correspondre à ces secondes pontes rares de remplacement.
Dans ces conditions, il faudrait considérer que la période pendant laquelle la femelle d'écorcheur pourrait exécuter des pontes serait environ une quarantaine de jours, laps de temps sensiblement égal à celui employé par le Loriot d'Europe dans le même cas, mais l'écorcheur n'aurait la possibilité de ne faire qu'une ponte de remplacement dans les mêmes délais. En effet, la ponte de remplacement qui suit l'enlèvement de la ponte initiale a lieu de 12 à 22 jours environ après, suivant que celle-ci est fraîche ou en incubation lors de l'enlèvement : premier cas, le 27 mai, prélèvement de 5 œufs incubés 8 jours, puis le 18 juin ponte d'un premier œuf dans le nouveau nid de remplacement, soit 22 jours après ; second cas, le 29 mai, prélèvement de 6 œufs frais, puis le 12 juin premier œuf de la ponte de remplacement à 50 mètres du précédent, soit 14 jours. Donc délai plus grand que celui employé par Oriolus oriolus Lioriot Europe placé dans la même nécessité (10 et 12 jours). Il est aussi à considérer que le nombre des œufs composant la ponte de l'écorcheur est plus élevé d'une ou deux unités que pour la ponte de loriot, augmentant ainsi d'autant le nombre des jours nécessaires pour la ponte.
Cependant M. Marcel Hulten (Les oiseaux d'Aubure, in Alauda XVII-XVIII, 3, p. 158) indique pour l'établissement d'une ponte de remplacement un délai compris entre le 3 juin et le 10 juillet pour le départ du nid, ce qui représente un total de 37 jours qui me paraît bien court pour : premier point, l'élevage au nid (au minimum 15 jours) ; deuxième point, l'incubation (environ 15 jours) ; troisième point, la ponte de 6 œufs (6 jours) ; quatrième point, l'établissement du nid. Il serait resté un seul jour pour la confection du nid et l'ovulation. Il est probable que l'incubation et l'élevage ont duré moins de 30 jours au total.
4. Œufs, nombre et coloration, Nid
La ponte de Lanius collurio Pie grièche écorcheur dans les régions que j'ai prospectées (Drouais, Ardennes et Vosges) est aussi bien constituée par 6 œufs que par 5 œufs, et il en est de même pour la ponte de remplacement ; cependant le chiffre de 5 paraît plus fréquent. J'ai noté 6 pontes de 6 et 10 pontes de 5 œufs, plus des pontes de 4 et de 3 œufs peut-être incomplètes. Mais il est à remarquer que les pontes de 6 œufs se sont effectuées pour la plupart (5 sur 6) entre le 17 mai et le 3 juin, une seule étant plus tardive (10-15 juin). Les pontes très tardives de juin n'ont donné que 5 œufs. Il apparaît donc que l'époque où l'espèce jouit de sa plus grande capacité de reproduction est la seconde quinzaine de mai et les premiers jours de juin.Je ne m'étendrai pas sur la description des œufs qui varient comme coloration de fond, du blanc ivoire, blanc crème, blanc verdâtre, blanc rosé, au chamois, verdâtre, beige clair, rose, et brun clair, avec des points ou de petites taches brun-rouge, gris-brun, sépia, gris de Payne, répartis généralement en couronne vers le gros pôle. Leurs dimensions varient pour le grand diamètre de 22 à 23,5 mm et de 16 à 17,5 mm pour le petit. La forme est habituellement ovée, quelquefois allongée et rarement globulaire. La variété à fond blanc-crème et à forme ovée est ici la plus répandue. Il arrive assez souvent que les œufs de la ponte de remplacement sont de coloration légèrement différente, et plus pâle que ceux de la première ponte.
Un nid fait de brindilles d'épines noires, de racines de chiendent, un peu de mousse et d'herbes sèches pour la structure extérieure, des graminées et fines radicelles pour l'intérieur, mesurait extérieurement 0,135 m sur 0,125 m avec une hauteur de 0,08 m. La cuvette avait pour dimensions 0,085 m sur 0,075 m et une profondeur de 0,048 m. L'aspect général du nid rappelle en plus volumineux celui d'Emberiza cirlus L Bruant zizi.
5. Élevage des jeunes
Quand les couvées se font à leur date normale, l'éclosion a lieu entre le 6 juin (date la plus précoce enregistrée dans cette région) et le 20 juin. Celles issues du remplacement se trouvent reculées d'environ trois semaines, ce qui peut fournir la date du 10 au 12 juillet, époque relativement tardive pour permettre aux jeunes d'entreprendre leur départ de migration à l'époque normale. Dans ces conditions il n'a lieu que dans les premiers jours de septembre, alors que les adultes et les jeunes issus de la ponte normale quittent la contrée dès le début de la seconde quinzaine d'août, les adultes ayant même tendance à partir les premiers dans la première quinzaine de ce mois.En 1948, une nichée de 6 jeunes Écorcheurs éclôt le 6 juin. Dès le 7, le mâle et la femelle leur apportaient la becquée consistant en diptères divers et chenilles non velues. Le mâle, beaucoup plus hardi que la femelle, n'hésitait pas à aborder le nid contenant les jeunes, établi dans un roncier dans le bas d'une grosse touffe d'Aubépine, malgré ma présence distante d'une dizaine de mètres. J'ai même pu m'approcher jusqu'à un mètre de lui pendant qu'il se trouvait posé près de son nid pour distribuer à ses petits une proie qu'il tenait au bec. Au lieu de fuir, comme l'auraient fait en général tous les oiseaux, il s’aplatissait sur la branche sur laquelle il était posé, les plumes collées au corps, rentrant la tête dans ses épaules de manière que la bande sourcilière noire prolonge son bec également noir, dans l'axe de son corps, et dans cette position, il me fixait sans bouger semblant vouloir me fasciner, comme l'aurait fait un serpent, auquel sa physionomie bizarre le faisait ressembler quelque peu. Pendant cette mimique du mâle, la femelle se tenait plus éloignée et prononçait des tac, tac d'inquiétude ou de mécontentement, remuant la queue de haut en bas ou en faisant le moulinet de droite à gauche dans un mouvement tournant saccadé témoignant ainsi son impatience.
Pour aborder leur nid sans en déceler l'emplacement, le mâle et la femelle arrivaient pour se percher, en vue, dans le haut de la touffe d'aubépine, puis pénétraient en son milieu en procédant par petits sauts de branche en branche, où ils disparaissaient cachés par le feuillage, puis ressortaient par escales sur les branches basses, vers et un peu au-dessus du roncier, et enfin gagnaient celui-ci en se coulant pour atteindre leur nid situé dans la partie supérieure et en son milieu, parfaitement dissimulé à la vue. Dans ce processus, les mouvements du mâle et de la femelle ne sont pas très rapides, et m'ont permis d'en prendre plusieurs clichés dans différentes attitudes. Les 9 et 10 juin j'ai constaté dans le courant de l'après-midi que c'était le mâle qui apportait le plus souvent la becquée à ses jeunes, dans la proportion d'environ 5 fois, contre 3 pour la femelle.
Les 6 jeunes ayant été bagués le 16 juin, avaient quitté le nid lorsque je suis revenu le visiter dans l'après-midi du 23, et se tenaient alors dans la haie qui borde la voie du chemin de fer à quelques mètres de là. Donc 17 jours serait un délai maximum si on admettait le départ du nid par les jeunes ce jour-là, mais qui a très bien pu avoir lieu un ou deux jours plus tôt, mais certainement pas plus.
Source : Contribution
à l'étude de la biologie de reproduction de la Pie-grièche écorcheur
Lanius collurio L par André Labitte architecte et ornithologue
(1890-1964)
La pie-grièche serait-elle apivore ?
Nous faisions de nombreuses captures champêtres sur ces insectes qui fourmillent dans les prés. La plupart des pies-grièches qu'il nous fut donné de disséquer en août et en septembre avaient l'estomac plein de ces orthoptères. Ne faudrait-il donc pas leur pardonner leurs méfaits en raison des services qu'elles nous rendent ? Une autre observation, qu'il nous fut donné de faire récemment, militerait encore en leur faveur.
Le contexte.
C'était à l'orée d'un bois, dans une bruyère en fleurs où croissaient, isolés, quelques arbustes. À diverses reprises, au cours de promenades, nous avions remarqué que des pies-grièches écorcheurs Lanius collurio avaient fait de ce petit coin perdu un habitat qui paraissait jouir de leur préférence.
Observations de terrain.
Certain jour, passant à cet endroit, nous aperçûmes une des pies-grièches postée sur un arbrisseau d'où elle se lançait constamment sur des insectes passant à sa portée. Croyant qu'elle happait les mouches voltigeant sur les fleurs, nous n'attachâmes guère d'importance au fait. Cependant, soudain, presque à notre détriment, nous constations, sous une touffe de bruyère, la présence d'un essaim de guêpes qui avaient élu domicile dans une ancienne galerie de rongeur. Et c'était toujours vers cet endroit que se précipitait la pie-grièche.
Hasard ou adaptation ?
S'emparait-elle, par hasard, des guêpes ? Nous fûmes tôt fixés. Une observation d'une demi-heure nous convainquit que c'était à ces seuls insectes qu'elle s'en prenait. Elle s'en saisissait avec une étonnante dextérité, les poursuivant souvent plusieurs secondes, les suivant dans leur vol capricieux et rapide, sans jamais en laisser échapper un seul. L'insecte capturé, elle se perchait sur une branchette et avalait sa proie après lui avoir arraché les ailes.
Un manège qui semble durer.
Ce manège dura longtemps. Deux heures après, repassant au même endroit, nous y aperçûmes encore l'oiseau qui, sans se lasser, happait toujours les dangereux insectes qui, avec raison, inspirent tant d'effroi aux campagnards.
D'autres observations identiques.
Cette observation ne fut pas isolée. À quelques jours d'intervalle, nous décidâmes une nouvelle visite au nid de guêpes. La pie-grièche se trouvait encore à son poste. Il en fut de même les jours suivants : toujours au même endroit, notre écorcheur opérait sans relâche. Et comme à l'aide d'une longue baguette nous fourragions dans le nid de guêpes, il vint se poser sur un arbuste tout proche, paraissant suivre nos mouvements avec le plus grand intérêt. Il est vrai que notre présence ne l'effarouchait plus guère. Inutile d'ajouter qu'il fit une excellente chasse parmi les guêpes que notre intervention avait fait sortir nombreuses de leur trou.
Mais cette pie-grièche apivore a-t-elle des émules ? Pour notre part, c'est la première fois que nous faisons une observation semblable.
Cet article historique de Laurent Coopman, intitulé « La Pie-grièche écorcheur est-elle apivore ? », a été publié en 1910 dans la revue Nos Oiseaux (Société romande pour la protection des oiseaux).
L'invisibilité des Pies-grièches pendant la couvaison.
Le fait que les Pies-grièches (notamment la Pie-grièche écorcheur) semblent littéralement « disparaître » du paysage dès le début de la couvaison est une réalité de terrain bien connue des ornithologues et des photographes de faune.
Ce changement radical de comportement — passant d'un oiseau extrêmement voyant à un fantôme des buissons — est une stratégie de survie purement adaptative. Elle s'explique par plusieurs facteurs biologiques et comportementaux précis :
1. L'arrêt des comportements territoriaux bruyants
Avant la ponte, le mâle passe la majeure partie de son temps sur des perchoirs très exposés (sommets de buissons, fils électriques, piquets de clôture) pour chanter, délimiter son territoire et parader.
Dès que la femelle commence à couver (généralement à partir du pénultième ou du dernier œuf), le mâle cesse presque totalement de chanter. Continuer à manifester sa présence haut et fort équivaudrait à indiquer aux prédateurs (corvidés, rapaces comme l'Épervier ou le Faucon crécerelle, petits carnivores) l'emplacement exact de la zone de nidification.
2. Le mimétisme et l'immobilité au nid
La femelle assure la quasi-totalité de l'incubation (qui dure environ 14 à 15 jours).
Le plumage cryptique : Contrairement au mâle qui arbore un bandeau noir de « bandit » et un dos roux contrasté, la femelle possède un plumage beaucoup plus terne, brun-gris, avec des striations rousses et pectorales en forme de croissants.
La posture d'effacement : Au nid, qui est profondément dissimulé au cœur d'un buisson d'épineux (généralement des ronces, du prunellier ou de l'aubépine), la femelle se plaque contre la coupe du nid. Elle reste parfaitement immobile, la tête basse, se confondant avec les brindilles et les jeux d'ombre de la végétation dense.
3. La « tactique du fantôme » pour le nourrissage
Pendant l'incubation, c'est le mâle qui nourrit la femelle pour lui éviter de quitter les œufs et de refroidir la couvée. Pour ce faire, il adopte une discrétion absolue :
Approches à profil bas : Au lieu de plonger directement sur le nid depuis un perchoir élevé, le mâle capture une proie (un gros insecte, un lézard) et s'approche du nid en progressant à l'intérieur du réseau de branches, de buisson en buisson, souvent près du sol.
L'absence de perchoir de guet fixe : Il passe le moins de temps possible sur ses postes de guet habituels. Sitôt la proie capturée, il s'éclipse dans la végétation.
Les offrandes silencieuses : Les transferts de nourriture se font soit directement au nid, soit sur un rameau discret à proximité immédiate, accompagnés tout au plus d'un petit cri de contact étouffé, inaudible à plus de quelques mètres.
4. La réduction du rayon de chasse
Pendant la parade, le mâle peut patrouiller sur un vaste territoire. Durant la couvaison, son activité se rétracte considérablement. Il concentre ses chasses dans un rayon très restreint autour du buisson-nid, ce qui réduit statistiquement sa probabilité d'être repéré dans le paysage global par un observateur.
Le saviez-vous ? Cette invisibilité cesse brusquement environ deux semaines plus tard, à l'éclosion des jeunes. Les besoins alimentaires des poussins deviennent alors si immenses que le couple est forcé d'abandonner toute prudence. Les parents reprennent alors des rotations incessantes et bien visibles au sommet des buissons pour chasser.
Ce changement radical de comportement — passant d'un oiseau extrêmement voyant à un fantôme des buissons — est une stratégie de survie purement adaptative. Elle s'explique par plusieurs facteurs biologiques et comportementaux précis :
1. L'arrêt des comportements territoriaux bruyants
Avant la ponte, le mâle passe la majeure partie de son temps sur des perchoirs très exposés (sommets de buissons, fils électriques, piquets de clôture) pour chanter, délimiter son territoire et parader.Dès que la femelle commence à couver (généralement à partir du pénultième ou du dernier œuf), le mâle cesse presque totalement de chanter. Continuer à manifester sa présence haut et fort équivaudrait à indiquer aux prédateurs (corvidés, rapaces comme l'Épervier ou le Faucon crécerelle, petits carnivores) l'emplacement exact de la zone de nidification.
2. Le mimétisme et l'immobilité au nid
La femelle assure la quasi-totalité de l'incubation (qui dure environ 14 à 15 jours).Le plumage cryptique : Contrairement au mâle qui arbore un bandeau noir de « bandit » et un dos roux contrasté, la femelle possède un plumage beaucoup plus terne, brun-gris, avec des striations rousses et pectorales en forme de croissants.
La posture d'effacement : Au nid, qui est profondément dissimulé au cœur d'un buisson d'épineux (généralement des ronces, du prunellier ou de l'aubépine), la femelle se plaque contre la coupe du nid. Elle reste parfaitement immobile, la tête basse, se confondant avec les brindilles et les jeux d'ombre de la végétation dense.
3. La « tactique du fantôme » pour le nourrissage
Pendant l'incubation, c'est le mâle qui nourrit la femelle pour lui éviter de quitter les œufs et de refroidir la couvée. Pour ce faire, il adopte une discrétion absolue :Approches à profil bas : Au lieu de plonger directement sur le nid depuis un perchoir élevé, le mâle capture une proie (un gros insecte, un lézard) et s'approche du nid en progressant à l'intérieur du réseau de branches, de buisson en buisson, souvent près du sol.
L'absence de perchoir de guet fixe : Il passe le moins de temps possible sur ses postes de guet habituels. Sitôt la proie capturée, il s'éclipse dans la végétation.
Les offrandes silencieuses : Les transferts de nourriture se font soit directement au nid, soit sur un rameau discret à proximité immédiate, accompagnés tout au plus d'un petit cri de contact étouffé, inaudible à plus de quelques mètres.
4. La réduction du rayon de chasse
Pendant la parade, le mâle peut patrouiller sur un vaste territoire. Durant la couvaison, son activité se rétracte considérablement. Il concentre ses chasses dans un rayon très restreint autour du buisson-nid, ce qui réduit statistiquement sa probabilité d'être repéré dans le paysage global par un observateur.Le saviez-vous ? Cette invisibilité cesse brusquement environ deux semaines plus tard, à l'éclosion des jeunes. Les besoins alimentaires des poussins deviennent alors si immenses que le couple est forcé d'abandonner toute prudence. Les parents reprennent alors des rotations incessantes et bien visibles au sommet des buissons pour chasser.
Les prédateurs de la Pie-grièche écorcheur.
Bien que la pie-grièche soit elle-même un redoutable prédateur pour les gros insectes et les petits vertébrés, la littérature ornithologique des XIXe et XXe siècles rappelle qu'elle paie un tribut régulier aux rapaces, en particulier en raison de ses comportements de chasse à l'affût qui l'exposent grandement.
Voici un essai de synthèse des données historiques et des dynamiques de prédation que l'on retrouve à travers les anciens périodiques et ouvrages tels que la Revue Française d'Ornithologie, Alauda, ou le Bulletin de la Société Zoologique de France. Qui constituent donc mes sources.
1. Les principaux rapaces prédateurs documentés
Dans les textes de l'ornithologie classique, deux catégories de rapaces reviennent systématiquement comme prédateurs de l'Écorcheur :- L'Épervier d'Europe Accipiter nisus : Le péril des haies
C'est de loin le prédateur le plus fréquemment mentionné. La Pie-grièche écorcheur affectionne les milieux ouverts parsemés de buissons épineux (haies de ronces, aubépines) où elle chasse à l'affût sur des piquets ou des branches mortes.
Le mode d'attaque : L'épervier utilise le relief des haies pour surgir par surprise. Les récits historiques décrivent souvent la capture d'adultes en plein affût ou de jeunes tout juste volants, encore maladroits.
- Le Faucon crécerelle Falco tinnunculus et le Faucon hobereau Falco subbuteo
- Le Crécerelle : Partageant exactement le même habitat (prairies extensives, pâturages), les interactions sont fréquentes. Le Crécerelle est surtout cité pour la prédation des nichées ou des juvéniles.
- Le Hobereau : Plus localisé, ce chasseur aérien d'insectes et de petits oiseaux est documenté comme capturant des écorcheurs au vol, notamment pendant la période d'émancipation des jeunes ou au tout début de la migration d'automne.
2. Comportements défensifs et signaux d'alarme
Les notes d'écologie comportementale issues des archives mettent en évidence des stratégies d'adaptation très nettes face à la pression des rapaces.Le cri d'alarme spécifique
Les monographies comportementales (notamment les travaux synthétisés au XXe siècle) décrivent un signal d'alarme acoustique bien distinct chez Lanius collurio lorsque surgit un rapace :Il s'agit de notes longues (autour de 370 à 450 millisecondes), très aiguës et légèrement descendantes, émises en priorité par le mâle, puis par la femelle dès qu'un épervier passe d'un perchoir à un autre ou amorce une attaque vers le sol.
Ce cri a la particularité physique d'être difficilement localisable par le prédateur tout en alertant immédiatement la nichée et la femelle couveuse.
L'utilisation du "moulinet" protecteur
Face à un rapace en vol stationnaire ou à l'affût, les écorcheurs adultes adoptent un comportement de harcèlement (mobbing). Ils se postent à distance de sécurité au sommet d'un buisson, agitent la queue de haut en bas et de gauche à droite (mouvement de moulinet) en émettant un cri rêche et répété pour signaler au rapace qu'il a été repéré, ruinant ainsi l'effet de surprise indispensable à l'attaque de ce dernier.3. Facteurs de vulnérabilité : L'envers du décor de l'affût
Les naturalistes du siècle dernier ont souvent débattu de la position paradoxale de la pie-grièche : un passereau au tempérament de rapace, mais qui reste une proie. Sa vulnérabilité culmine lors de phases précises :Le comportement d'affût Postée de longues minutes sur un point saillant (poteau, fil, cime), la pie-grièche est parfaitement visible pour un rapace en chasse haute.
L'impact du nourrissage. Lorsqu'elle capture une grosse proie et l'emporte pour la larder sur une épine, son attention est focalisée au sol ou au cœur du buisson, réduisant sa vigilance.
La sortie du nid. Les jeunes écorcheurs émettent des cris de quémandage très sonores et se postent maladroitement à découvert, devenant des cibles faciles pour les éperviers et les busards.
Note d'archive : Dans les collections d'ornithologie descriptive du XIXe siècle (comme celles de Degland et Gerbe), l'analyse des contenus stomacaux des éperviers et des faucons capturés en zone de bocage révélait régulièrement des restes de Lanius, confirmant que la pression de prédation, bien que secondaire par rapport aux rongeurs ou aux passereaux de type moineaux/pinsons, reste une constante écologique dans la vie de l'Écorcheur
Sources :
Archives numérisées de la B.H.L. sur la Pie-grièche écorcheur Lanius collurio et sa
vulnérabilité face aux rapaces.
Mes observations personnelles concernant la prédation.
Depuis ma première rencontre avec la Pie-grièche écorcheur, ce petit passereau aux allures de brigand masqué m'a toujours fasciné. En forêt de Fontainebleau, où j'ai fait mes premiers pas en photographie animalière, l'espèce s'observait régulièrement, mais ses effectifs y demeuraient modestes.
Imaginez que ma surprise fût grande, en m'installant en Maine-et-Loire, de constater une belle vitalité locale ! Ma première observation saumuroise eut lieu aux environs de Montreuil-Bellay. Au fil de mes prospections à bicyclette (mon véhicule de prédilection) , je découvris que l'oiseau occupait ici une grande variété de milieux. Le bocage ligérien lui offre encore de beaux asiles, et l'espèce semble maintenir ses positions malgré la pression chimique qui pèse sur les vignobles environnants. Seul un suivi scientifique rigoureux et la comparaison avec des inventaires anciens permettraient toutefois de confirmer cette impression.
Il y a trois ans, à quelques kilomètres de mon domicile, je repérais un couple établi dans une parcelle en friche, havre d'aubépines et de ronces ceinturé de vignes et de cultures. Trois printemps durant, ce territoire fut occupé — très vraisemblablement par les mêmes individus. C'est donc avec une vive impatience que j'attendais leur retour en ce début de saison 2026. Anticipant leur arrivée, j'avais installé durant l'hiver un perchoir naturel : une tige de ronce recourbée et discrètement arrimée. Dès leur retour de leurs quartiers d'hiver africains, le mâle et la femelle adoptèrent aussitôt ce poste d'observation.
Tout s'annonçait au mieux et mes sessions d'affût reprenaient. Mais un matin, le rituel s'interrompit. Le soleil était déjà haut et le mâle, d'ordinaire si fidèle à son sommet, restait invisible. L'attente prolongea mon affût plusieurs heures durant, en vain. Un brin dépité, je pliai mon matériel, assailli par le doute : avais-je commis un faux pas, manqué de discrétion, dérangé le site ?
Pour en avoir le cœur net, je me postai le lendemain à bonne distance, jumelles en main, afin de balayer le secteur sans peser sur le milieu. Rien. Le silence et l'absence. Que s'était-il passé ?
Quelques jours plus tôt, j'avais noté la présence d'un second mâle chanteur sur un territoire contigu — peut-être un jeune né sur le site l'année précédente. Trois jours de suite, je revins inspecter la friche : le territoire d'origine demeurait désespérément vide. En revanche, sur le canton voisin, le mâle célibataire paradait désormais en compagnie d'une femelle... Serait-ce la "veuve" de mon mâle disparu ? Je réorientai mes observations vers ce nouveau couple, qui mena à bien sa nichée au cœur d'un dôme de ronces et d'aubépines.
La clé du mystère m'attendait pourtant au pied de mon affût initial. En fouillant les parages de mon perchoir, je découvris deux plumes appartenant sans aucun doute à un mâle d'écorcheur. Le drame avait laissé sa signature.
Il y a trois ans, à quelques kilomètres de mon domicile, je repérais un couple établi dans une parcelle en friche, havre d'aubépines et de ronces ceinturé de vignes et de cultures. Trois printemps durant, ce territoire fut occupé — très vraisemblablement par les mêmes individus. C'est donc avec une vive impatience que j'attendais leur retour en ce début de saison 2026. Anticipant leur arrivée, j'avais installé durant l'hiver un perchoir naturel : une tige de ronce recourbée et discrètement arrimée. Dès leur retour de leurs quartiers d'hiver africains, le mâle et la femelle adoptèrent aussitôt ce poste d'observation.
Tout s'annonçait au mieux et mes sessions d'affût reprenaient. Mais un matin, le rituel s'interrompit. Le soleil était déjà haut et le mâle, d'ordinaire si fidèle à son sommet, restait invisible. L'attente prolongea mon affût plusieurs heures durant, en vain. Un brin dépité, je pliai mon matériel, assailli par le doute : avais-je commis un faux pas, manqué de discrétion, dérangé le site ?
Pour en avoir le cœur net, je me postai le lendemain à bonne distance, jumelles en main, afin de balayer le secteur sans peser sur le milieu. Rien. Le silence et l'absence. Que s'était-il passé ?
Quelques jours plus tôt, j'avais noté la présence d'un second mâle chanteur sur un territoire contigu — peut-être un jeune né sur le site l'année précédente. Trois jours de suite, je revins inspecter la friche : le territoire d'origine demeurait désespérément vide. En revanche, sur le canton voisin, le mâle célibataire paradait désormais en compagnie d'une femelle... Serait-ce la "veuve" de mon mâle disparu ? Je réorientai mes observations vers ce nouveau couple, qui mena à bien sa nichée au cœur d'un dôme de ronces et d'aubépines.
La clé du mystère m'attendait pourtant au pied de mon affût initial. En fouillant les parages de mon perchoir, je découvris deux plumes appartenant sans aucun doute à un mâle d'écorcheur. Le drame avait laissé sa signature.
La littérature ornithologique rappelle combien les Pies-grièches, adeptes des postes découverts, sont vulnérables aux attaques des rapaces. Or, un couple de Faucons crécerelles niche à proximité et patrouille quotidiennement sur ces mêmes parcelles.
Un des deux individus a d'ailleurs à plusieurs reprise utilisé le perchoir destiné aux Pies grièches.
😉Il existe donc à l'encontre des Faucons crécerelles des indices graves ou concordants permettant une mise en accusation, même si la preuve matérielle irréfutable manque encore.
La possible explication s'imposait d'elle-même. Les attitudes du nouveau couple vinrent d'ailleurs étayer cette hypothèse : à plusieurs reprises lors de mes affûts, dès qu'un crécerelle profilait sa silhouette au-dessus du coteau, le mâle ou la femelle poussait un cri d'alarme bref et sec avant de se plonger au plus dense du buisson, pour n'en ressortir que longuement après le danger écarté.
Remerciements au site Featherbase pour planche plumes Pie-grièche écorcheur
Ainsi va la vie de la nature (et de ce qu'il en reste !) : une vigilance de chaque instant, où le destin d'un passeur de printemps se joue dans l'ombre d'une aile de rapace.
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