Crâne de blaireau l'étrange découverte d'un naturaliste en forêt


 

C'est quoi cette chose posée sur le tas de déblais du terrier de blaireau


 

Après avoir bourlingué quarante années durant à travers les sous-bois et les chaos gréseux de la forêt de Fontainebleau, me voilà rendu au chapitre de la découverte : l'exploration de ma nouvelle région, le Maine-et-Loire.

Comme tout bon naturaliste qui se respecte, la carte IGN au 1/25 000ᵉ et le GPS sont au fil des décennies les compagnons indissociables de ma curiosité, indispensables pour battre le terrain, prospecter méthodiquement et cartographier ce nouvel univers.

Au cours de mes récentes pérégrinations, un terrier tas de terre excavé retient mon attention : un ancien terrier de blaireau, aujourd'hui déserté, niché au cœur du front de taille d'une ancienne carrière de sable retombée dans le calme.

À première vue, rien d'exceptionnel pour l'œil profane, diront certains... Et pourtant, en m'approchant, un petit détail singulier vient d'accrocher mon regard et éveille mon instinct de prospecteur.


Ce petit détail s’avère être un crâne, probablement enfoui depuis pas mal de temps dans le terrier au vu de sa teinte sombre et terreuse. Extrait de la cavité par le dernier occupant en date, il gît désormais au sommet du tas de déblais. S’agit-il d’un blaireau ayant décidé d’agrandir son logis — ce que semblent indiquer quelques empreintes et grattages anciens —, ou plutôt d’un renard venu investir les lieux pour y établir son gîte.




A première vue il s'agit d'un crâne de Blaireau d'Europe.



Parmi les particularités anatomiques de notre hôte, la présence d'une crête sagittale sur le sommet du crâne attire immédiatement l'attention. Véritable charpente osseuse, cette arête longitudinale offre une zone d'ancrage idéale pour de puissants muscles temporaux, les muscles masticateurs.
Bien développée, elle se remarque aisément sur les cranes des individus adultes et sont caractéristique à l'espèce.
 
 


Vous remarquez sans doute que, lors des promenades en nature, les crânes découvert sur le sol sont presque systématiquement dépourvus de leurs mandibules. La séparation des deux parties se fait naturellement avec la décomposition des tissus et des ligaments.

En revanche, le crâne du blaireau fait figure d'exception. La mâchoire inférieure reste solidaire de la boîte crânienne, même très longtemps après la mort. Comme le montre ce cliché, les condyles situés aux extrémités des mâchoires s'encastrent si profondément dans les cavités glénoïdes de l'os temporal que l'articulation se retrouve littéralement verrouillée. Cet emboîtement parfait offre au blaireau une puissance de morsure considérable sans aucun risque de déboîtement, tout en conservant la mandibule scellée au crâne à travers le temps.
 
 


Usure des molaires très importante, à certains endroits jusqu'à l'os, pulpe pratiquement apparente, canines ébréchées, cassées, autant de signes qui ne trompent pas. Nous sommes en présence d'un crâne ayant appartenu à un animal très âgé. Peut-être est-il, tout simplement, mort de vieillesse dans son terrier.




Une fouille un peu plus détaillée du tas de déblais révèle d'autres os ayant appartenu à notre défunt blaireau et plus surprenante la présence d'un crâne de lièvre !
Comment et pourquoi est-il là ? 
Peut-être a t-il été apporté par un renard ayant occupé le terrier avant ou après les blaireaux. Les animaux sont opportunistes et un terrier abandonné ne le reste que peu de temps, renard, blaireau, lapin de garenne peuvent l'occuper à tour de rôle.




 
 

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